L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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L'ADN DE NAPOLÉON
La généalogie ancestrale


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Tout d'abord, que croit-on savoir de l'origine de la famille Bonaparte? Des ouvrages ont été dédiés à cette question depuis l'ascension fulgurante de Napoléon. Grosso modo, on commence à trouver la trace du nom Bonaparte, ou plutôt Buonaparte, en Italie à partir du 12è siècle. Le point d'origine semble avoir été Trévise, une ville un peu au nord de Venise, indépendante pendant une certaine période puis rattachée à la République de Venise en 1339. Le premier Buonaparte entré dans l'histoire s'appelait Giovanni (Jean) et était le "podestat" (premier magistrat) de Trévise en 1171. Depuis Jean, un certain nombre de membres de la famille ont suivi la même carrière, à Trévise et ailleurs dans le nord de l'Italie. Un de leurs descendants, Nicolas Buonaparte, embrassa lui la carrière militaire et émigra à Florence: il donna naissance à la branche familiale de cette ville. Nicolas s'était engagé au service du pouvoir gibelin mais le parti guelfe prit ensuite le dessus et les gibelins durent s'enfuir, y compris cette branche la famille Buonaparte qui se réfugia à San Miniato avant qu'une partie ne s'installe ensuite, vers 1268, à Sarzane. Cette ville avait l'avantage d'être encore indépendante et favorable aux gibelins. Puis en 1465, Sarzane fut rattachée à la république de Gênes. Des membres de la famille Buonaparte de Sarzane se mirent au service du nouveau pouvoir. Pour réprimer des troubles dans l'île de Corse, rattachée à Gênes, on envoya des troupes et des colons. Un certain Francesco Buonaparte fut nommé commandant de cette expédition de 1512 et finit par s'établir en Corse, en se mariant avec la fille d'un notable local, dans ce qui deviendra la ville d'Ajaccio. C'est de lui que vient la branche corse des Buonaparte qui a plus tard donné naissance à Napoléon. A partir de cette période, la généalogie de la famille Buonaparte de Corse est bien connue. La première étude faite sur l'origine de cette famille date en fait du père de Napoléon, Charles "de" Buonaparte, lorsqu'il lui fallut prouver l'origine noble de sa famille sous Louis XVI. Il souhaitait obtenir les avantages liés à sa condition, notamment l'éducation de ses enfants, dont son fils Napoléon qui put être envoyé à l'école de Brienne. Charles Buonaparte produisit des documents en 1779 attestant que sa famille était noble depuis deux cents ans au moins, étant liée à la famille Buonaparte de Toscane qui "jouit du patriarcat, et par conséquent de la plus grande noblesse".

Mais qu'en est-il de l'origine des Bonaparte avant l'an 1000? Qui était leur ancêtre? D'où venait-il? Ceux qui se sont penchés sur cette question n'ont rien pu dire de la période précédant la première mention d'un Buonaparte à Trévise en 1171. Il faut l'aide de la science ADN pour essayer de remonter dans le temps.

Entrons donc dans l'ADN de Napoléon, et particulièrement dans les mutations STR de l'haplotype E1b1b1c1* auquel il appartient. L'article du professeur Lucotte donne ainsi la table des allèles mesurés, à partir de l'analyse faite sur un descendant mâle (le Prince Charles-Napoléon) de la lignée paternelle du père de Napoléon. Trois des STR ont pu être mesurés sur des échantillons de l'ADN de Napoléon lui-même (les STR appelés DYS19, DYSYCAIIa et DYSYCAIIb) et donnent le même résultat d'allèles que l'ADN de Charles-Napoléon. Compte tenu que les deux personnages d'une même famille partagent aussi le même haplogroupe (E) et trois des STR's, il y a forte probabilité que la liste des STR's de Charles-Napoléon correspondent à ceux de Napoléon lui-même, mis à part sans doute ceux des STR's qui ont pu avoir muté de l'un à l'autre (à une valeur près) depuis environ 200 ans.

Table des STR de Napoléon
Table des STR du Y-DNA de Napoléon
(source: article de décembre 2011 du Prof. G. Lucotte dans Journal of Molecular Biology Research)

Cette table est très utile pour les recherches ancestrales, donc avec un horizon d'environ 2000 ans du fait des mutations assez fréquentes de certains de ces allèles. Ces résultats permettent, notamment, de constater si quelqu'un a une proximité familiale avec le sujet (Napoléon), donc ayant le même haplotype E1b1b1c1*, ou sinon de découvrir à quelle période de l'histoire récente vivait son ancêtre qu'il a eu en commun avec Napoléon ! Rappelons toutefois les résultats de l'haplogroupe (E) qui situent la branche paternelle de Napoléon Bonaparte plutôt du type phénicien-méditerranéen que du type européen-caucasien. Il va sans dire que de nombreux lecteurs vivant en Europe, eux d'origine européenne ou "caucasienne", vont se trouver à une distance génétique assez considérable par rapport à l'Empereur Napoléon.

La plupart des sites généalogiques donnent un taux de mutation moyen des marqueurs STR à 0,003 ou 0,3%. Traduit en nombre d'années, cela signifie que chaque mutation prendrait environ 350 ans. On parle aussi de nombre de générations, chaque génération valant environ 20-30 ans. Une mutation moyenne de 350 correspond donc à 14 générations environ. Les sites principaux proposent aussi un mode de calcul de la "distance génétique" entre deux individus, par exemple vous, lecteur, et Napoléon: ce calcul est basé sur le nombre de différences dans le tableau des STR. Il est ainsi important de tester le plus grand nombre de STR possibles, ceci afin d'affiner le résultat au mieux: l'étude de Lucotte en a testé 37, mais il existe aujourd'hui plus d'une centaine de STR connus (un organisme de tests génétiques propose aujourd'hui le test de 111 STR !). Pour la distance génétique entre deux individus, on se contente généralement de vérifier le nombre de différences entre la valeur des allèles des STR, et on applique le taux moyen de mutation. Donc par exemple, si quelqu'un venait à produire son test génétique Y-DNA sur 37 des mêmes marqueurs que ceux mesurés pour Napoléon, et qu'il constaterait que plusieurs STR ont des valeurs d'allèles différentes, dont la différence cumulée est de 10, le calcul de sa distance génétique avec Napoléon serait de 10 x 350 ans, donc 3500 ans... Or cette période est déjà en-delà de la période de 2000 ans, la seule vraiment utile pour ce genre d'exercice: on concluerait que ce lecteur et Napoléon n'ont pas d'ancêtre commun dans les derniers 2000 ans. En fait, la plupart des mesures de recherche ancestrale se contentent de savoir si le nombre d'allèles de diffère que de 4, ce qui amène à près de 1500 ans. Au-delà de 4 allèles, on considère que deux individus n'ont pas d'ancêtre commun suffisamment proche. Mais comme on le voit, cette appréciation n'est faite qu'à partir d'un taux de mutation moyen, or il est clair que, à la vue du tableau des taux observés des mutations STR, ce taux "moyen" ne veut vraiment rien dire !

Cette méthode est-elle donc correcte? On peut en douter pour deux raisons principales:

1- chaque STR a un taux de mutation particulier, et donc utiliser une moyenne de 0,003, ou 350 ans, est une approximation très très grossière de la mesure recherchée

2- l'addition des différences entre allèles de deux individus (10 différences dans l'exemple ci-dessus) est quelque peu ridicule, car elle supposerait que ces mutations différentiatrices se sont déroulées de façon consécutive dans le temps: rien de plus saugrenu comme hypothèse ! Comme certains STR ont des mutations plutôt rapides, et que d'autres en ont de très lentes, il est certain que certaines mutations se déroulent en parallèle; par exemple, lors d'une mutation lente d'un STR donné, il y a certainement eu plusieurs autres mutations rapides dans la même période, auquel cas quelle distance génétique faut-il considérer? La somme des mutations, ou la plus longue qui engloberait les autres plus rapides?

Donc tout porte à croire que la distance génétique entre deux individus est loin d'être une science exacte aujourd'hui, et que l'approche actuelle n'est pas vraiment satisfaisante. Il faudra sans doute attendre une décennie pour y voir plus clair. Mais, en attendant, rien n'empêche de faire une analyse sur chaque STR et comprendre ce que l'on peut éventuellement en tirer. Commençons par regarder les taux de mutation des STR qui peuvent être intéressants:

Liste STR pour Napoléon
Tableau comparatif des mutations STR

Le tableau ci-dessus donne en outre les taux de mutation constatés de façon particulière sur les STR (dans la dernière colonne). La source principale de ces valeurs est le site officiel du CSTL par défaut, et le site wikipédia anglais en complément. On peut voir notamment que le STR appelé DYS426 a un taux de mutation supérieur à 5000 ans... ce qui est très loin des 350 ans en moyenne. Et il y a un STR appelé DYS576 qui a un taux de 95 ans environ, ce qui correspond à des mutations potentiellement rapides.

Si un lecteur souhaite suivre la méthode actuelle de calcul de "distance génétique", il lui faut considérer ceux des allèles qu'il a de différent avec Napoléon et cumuler la valeur de ces différences. Par exemple, dans mon cas, sur les 37 STR analysés chez Napoléon, j'en ai 17 de différents, et j'arriverais au résultat suivant:

- différence de la valeur des allèles, sauf pour STR spéciaux (1) et (2) = 1+2+1+1+4+2+4+4+1+1+1= 22

- pour le DYS464 qui dispose typiquement de 4 copies dans l'Y-DNA, notées DYS464 a, b, c et d (quoique, selon certains testeurs d'ADN, le d n'est pas pris en compte), on considère que toutes les copies de cet STR, si elles sont différentes d'un individu à l'autre, correspondent à une distance génétique de valeur 1; dans mon cas, les valeurs d'allèles étant identiques à celles de Napoléon, la distance génétique est, pour cet STR, de zéro.

- pour le DYS389, qui a deux copies, DYS389i et DYS389ii, c'est plus compliqué car une copie est incluse dans l'autre dans les calculs de distance génétique (voir méthode de calcul pour DYS389); dans mon cas, la distance génétique calculée est de 3

Donc au total, ma distance génétique par rapport à Napoléon serait de 22 + 0 + 3 = 25, soit 25 x 350 ans = 8750 années. Cette valeur est vraiment incompatible avec le but d'une recherche ancestrale relativement proche dans le temps, typiquement de 2000 ans au plus. La méthode en question n'est vraiment bonne que pour la constatation d'un ancêtre commun très proche, avec au plus une différence de 4 dans le décompte d'allèles, soit 4 x 350 = 1400 ans en moyenne. De plus, taux de mutation ne veut pas forcément dire mutation... Par exemple, un taux de 100 ans ne veut pas dire qu'il y a mutation tous les 100 ans ! Il s'agit d'une probabilité, au mieux.

Il y a cependant des moyens de simplifier cette approche en considérant les points suivants:

1- si un individu a un allèle différent en valeur par rapport à Napoléon, et si le STR en question a un taux de mutation supérieur à 2000 ans, il y a peu de chance qu'il ait eu un ancêtre commun au cours de l'ère chrétienne !

2- si un individu a un STR avec une valeur d'allèles plutôt "rare" (au sens de correspondre à une minorité de la population), il y a une meilleure chance de croire qu'il a un ancêtre commun: il faut donc vérifier le taux de répartition de chaque STR dans la population pour constater leur rareté relative concernant les valeurs d'allèles de Napoléon; on pourra dire que de tels allèles sont "caractérisants" pour Napoléon et la généalogie familiale des Bonaparte

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