L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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UN TÉMOIN ANGLAIS DE L'EXHUMATION


En fin janvier 1840 arrivait à l'île de Sainte-Hélène le lieutenant John Henry Lefroy. Il y était envoyé par son régiment, le Royal Artillery, pour mettre en place un des trois observatoires des ondes magnétiques terrestres. Les deux autres devaient être établis par la suite au Cap de Bonne-Espérance et à Toronto. Autour de 1840, le nord magnétique et le nord terrestre coïncidaient notamment dans la ville canadienne (le nord magnétique a dévié depuis lors). A l'époque, il s'agissait de vérifier les calculs théoriques réalisés par Carl Friedrich Gauss (1777-1855) et ainsi de mieux comprendre le champ magnétique terrestre. Les instruments emportés par Lefroy avaient été réalisés par Gauss lui-même.

Carl Friedrich Gauss
Carl Friedrich Gauss

Lefroy avait alors 22 ans, étant né en 1817 dans le comté du Hampshire en Angleterre. Il avait été le premier à être choisi pour ces trois sites du fait de ses aptitudes scientifiques. Il arriva à Sainte-Hélène après un très long périple de 126 jours, et décida rapidement que le plateau de Longwood se prêterait au mieux à ses besoins. Le gouverneur de l'île, Sir George Middlemore, lui permit de s'installer dans la maison New Longwood, celle qui avait été construite entre 1818 et 1821 pour y accueillir Napoléon. L'Empereur étant mort quelques semaines après l'achèvement des travaux en 1821, et n'ayant pas pu quitter son lit du fait de sa maladie, il ne changea pas de demeure. Du reste, il ne le souhaitait pas, préférant mourir dans son vieux Longwood, tout humide et insalubre qu'il était, et marquer ainsi la "générosité britannique".

Dans ses lettres, Lefroy raconta la solitude qu'il ressentait dans cette vaste maison où il vivait seul au milieu de ses instruments. Durant son séjour, il se lia d'amitié avec la famille Bennett, dont le fils George avait été un ami d'école en Angleterre. Heureusement, quelques mois plus tard, l'arrivée des Français venus chercher les cendres de Napoléon promettait de lui offrir quelque divertissement !

New Longwood
New Longwood

Après l'exhumation de Napoléon, il écrivit une lettre à sa soeur en Angleterre pour lui relater les circonstances qui allaient entrer dans la grande Histoire. C'est cette lettre qui est traduite et reproduite dans cet article, ainsi que d'autres extraits de documents rédigés par Lefroy au sujet de cet événement. La lettre n'est pas très connue des lecteurs de langue française, quoiqu'elle offre un témoignage intéressant, vu du côté d'un témoin anglais cela va de soi.

Lefroy resta dans l'île pendant deux ans. Puis il reçut l'ordre en août 1841 de se rendre au Canada pour la même mission. Il quitta Sainte-Hélène en février 1842. Il effectua des mesures  météorologiques et magnétiques au Canada entre 1843 et 1844, mais resta ensuite sur place et continua diverses missions scientifiques. Il dut cependant retourner en Angleterre en 1853 pour raisons de santé. Ses importantes contributions dans le domaine scientifique lui valurent d'être honoré du titre de Chevalier, "Sir" John Henry Lefroy, en 1877.

Sir John Lefroy
Sir John Lefroy

Une maladie grave le força à quitter Londres en 1885 pour s'installer dans un climat plus tempéré. C'est à Lewarne, dans les Cornouailles, qu'il élut domicile. Aidé par son épouse, il y rédigea son autobiographie entre 1886 et 1889, et y mourut en 1890. Lady Lefroy publiera cette autobiographie en 1895, en "édition privée".  Dans cet ouvrage, il ajouta d'autres détails sur la mission des Français en 1840, quoique certains avaient dû être empruntés à ce qu'il en avait lu depuis lors. Mais il rapporta en particulier que le gouverneur Sir George Middlemore, qui était un vétéran de la Guerre d'Espagne, ayant servi avec le 48è régiment d'infanterie comme ADC auprès de Sir David Baird [1], avait détesté toute cette affaire et en avait laissé la gestion au colonel Hamelin Trelawney, du Royal Artillery [2]. Ce fait est peu connu car, selon la version officielle, le Gouverneur n'avait pas pu participer à toutes les activités officielles pour "raison de santé"... En fait, cette excuse ne fut utilisée qu'un temps, car il semble qu'il soit revenu sur son attitude un peu plus tard, et souhaita se joindre aux officiels lors de l'ouverture des cercueils. De surcroît, il suivit la procession depuis la vallée du tombeau jusque la ville, une longue marche, ralentie par la lourdeur du char funèbre, qui se déroula sous un vent vif et froid, soufflant par bourrasques, et sous une pluie intermittente. Si Middlemore avait vraiment été malade, il se serait bien excusé pour cette phase-là des cérémonies officielles ! Il faut aussi noter que la famille de Gouverneur était alors encore en deuil à l'arrivée des Français, du fait de la perte d'un de leur fils.

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Notes:
[1] Baird avait été le second en commande dans l'armée du général Moore; il dirigea la retraite de La Corogne après que Moore y ait perdu la vie. Mais Baird lui-même y reçut une blessure qui obligea son chirurgien à lui amputer le bras. Le jeune Middlemore assista à cette opération, sans doute traumatisante. Par la suite, au cours de la guerre d'Espagne sous le commandement de Wellington, Middlemore servit sous le colonel Donnellan. Et là encore, son chef fut mortellement blessé, à la violente bataille de Talavera et passa le commandement de son régiment à Middlemore. Ce fut à la suite de cette  bataille que Wellington reçut le titre de Vicomte, avant de devenir Duc par la suite. Quant à Middlemore, il se distingua lui aussi à cette bataille et gagna la médaille de Talavera.
Sir David Baird
Sir David Baird

[2] Sir George Middlemore a été le premier gouverneur de Sainte-Hélène à être commissionné par le gouvernement après que l'île ait été cédée par la Compagnie des Indes Orientales à la Couronne britannique; il resta en poste de 1836 à 1842, et fut donc le gouverneur en place lors de la mission française du retour des cendres de Napoléon en octobre 1840. Il nourrissait sans aucun doute des sentiments anti-napoléoniens, depuis la guerre d'Espagne où il perdit par deux fois son officier supérieur direct, mais pas forcément anti-français, à la manière dont il reçut les visiteurs à plusieurs reprises, et avec sa famille. Middlemore avait toujours regretté la perte de Donnellan et demanda à ce qu'une stèle commémorative soit érigée à sa mémoire au-dessus de sa propre tombe.
Tombe du général Middlemore
Tombe du général Middlemore avec, à sa tête, une stèle commémorative pour Donnellan
(source: site internet Find A Grave)

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