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L'ADN DE NAPOLÉON


En octobre 2010, le professeur Gérard Lucotte publiait une première étude sur l'ADN de Napoléon à partir d'analyses faites sur l'ADN mitochondrial (mtDNA). Elle a été complétée en décembre 2011 par une étude sur l'ADN de son chromosome Y (Y-DNA).

Tout d'abord, faisons un rappel de biologie. La cellule humaine comprend un noyau qui renferme les 23 paires de chromosomes, dont les chromosomes dits "sexuels", XY pour un homme ou XX pour une femme. Ces chromosomes sont construits à partir des chromosomes du père et de la mère lors de la reproduction, paire par paire. Chaque paire de chromosomes humains, numérotée de 1 à 22, est un cocktail unique de la combinaison des chromosomes équivalents de chaque parent. Par exemple, une paire de chromosomes 7 est un combiné unique entre un des chromosomes 7 du père et un des chromosomes 7 de la mère. Il y a ainsi une quantité indénombrable de combinaisons possibles, ce qui fait que chaque être humain est unique, exception faite pour les jumeaux identiques. La paire 23 des chromosomes est cependant particulière car elle détermine le sexe d'une personne. Un garçon aura une paire XY, à savoir un des deux chromosomes X de la mère et le chromosome unique Y du père. Une fille aura, elle, une paire XX, avec le chromosome unique X venant du père et un des deux chromosomes X de la mère, respectivement. Du fait de l'unicité du chromosome Y, passé de père en fils depuis l'aube de l'humanité, l'étude de l'Y-DNA d'un sujet mâle permet ainsi de tracer les origines paternelles. Et la Science rejoint d'ailleurs la Foi sur ce point car toutes les deux parlent d'un père originel, qui est appelé Adam... même si ce n'est pas forcément le même individu (la Science positionne l'Adam génétique il y a 60.000 ans, alors que l'Adam biblique lui n'aurait pas plus que 6.000 ans). De ce fait, l'ensemble des êtres humains de la planète sont génétiquement tous des "cousins", certes plus ou moins éloignés. Bien entendu, tout être humain mâle aurait dû avoir un même code génétique de son ADN-Y, venant d'Adam jusqu'à lui, mais... des mutations génétiques ont été constatées, ce qui fait que tous les êtres masculins, bien qu'issus d'un même père originel (Adam), ont vu leur Y-DNA évoluer quelque peu. La classification et la recherche des origines de chaque groupe génétique humain (haplogroupes) fait l'étude de recherches intenses depuis une quinzaine d'années environ, et nous en sommes qu'aux premiers pas... Au fur et à mesure, de plus en plus d'individus font leurs tests ADN et les rentrent dans des bases de données qui permettent ensuite, avec le plus grand nombre de cas possibles, de tirer des conclusions, partielles et temporaires, sur nos connaissances en la matière.

Revenons un instant à notre cellule humaine. En dehors du noyau, qui, on l'aura compris, contient l'empreinte génétique des deux parents, par la recombinaison des 23 paires de chromosomes, il y a la cellule elle-même. Chaque individu est né de la cellule maternelle initiale qui a permis le couplage de l'ovule de la mère et du spermatozoïde du père au sein du noyau. Dans cette cellule, se trouvent des organites, appelés les mitochondries, qui fournissent l'énergie à la cellule. L'analyse de l'ADN de ces mitochondries (donc le "mtDNA" en anglais) permet donc d'avoir accès à l'empreinte génétique de la seule mère de chaque individu, mâle ou femelle. Car chaque enfant reçoit la cellule originelle de sa mère. Evidemment les garçons ne la passent pas à leurs propres enfants qui, eux, à leur tour, la reçoivent de leur mère, compagne du père. Mais les filles, elles, ont reçu la cellule originelle de leur mère et vont à leur tour la transmettre à leurs enfants, dont leurs filles qui vont ainsi continuer la transmission de cette cellule maternelle originelle. Alors que les tests Y-DNA ne sont accessibles évidemment qu'aux hommes, les tests mtDNA sont eux possibles pour tout individu, homme comme femme, pour déterminer son origine matriarchale.

La première étude du professeur Lucotte (voir article sur le mtDNA de Napoléon, en anglais) avait permis d'établir que Napoléon, à travers sa mère Laetizia Bonaparte, était probablement de l'haplogroupe H: c'est le groupe le plus commun en Europe. L'ancêtre maternelle de ce groupe serait arrivée en Europe il y a 25.000 ans, tout au plus, si l'on accepte le système de datation actuel (qui n'est pas exempt de controverses). Cette étude a surtout permis de constater que Laetizia Bonaparte avait une mutation extrêmement rare (16184C>T) ce qui permettra, si besoin est, de pouvoir vérifier d'autres reliques dites napoléoniennes et vérifier si elles ont bien potentiellement appartenu à Napoléon: on pourrait surtout écarter les escroqueries en réalisant un test mtDNA sur un échantillon prétendant être issu de Napoléon. Tous les enfants de Laetizia Bonaparte ont eu la même rareté génétique de leur mtDNA, mais seules les filles ont pu passer cette caractéristique à leurs filles directes, car le mtDNA ne se transmet que de fille en fille, ou de la mère à tous ses enfants directs (comme c'est le cas pour Laetizia et son fils Napoléon). Les enfants directs de Napoléon, eux, ont reçu le mtDNA de leur mère respective, à savoir la comtesse Marie Walewska pour Alexandre Walewski, ou Éléonore Denuelle pour le comte Léon, ou bien entendu l'Impératrice Marie-Louise pour Napoléon II, dit l'Aiglon.

La seconde étude du professeur Lucotte, de décembre 2011 (voir article sur le Y-DNA de Napoléon, PDF en anglais), a permis de tracer une carte génétique plus complète sur l'origine paternelle de Napoléon, grâce à son Y-DNA. L'étude de l'Y-DNA permet en effet des résultats beaucoup plus affinés que celle du mtDNA, notamment parce qu'il semble offrir une plus grande variété de résultats possibles, et donc des potentiels plus importants dans la diversification et classification de la population humaine, avec des sous-groupes identifiés au fur et à mesure que l'on progresse dans les tests génétiques de la population mondiale.

Cette nouvelle étude a tout d'abord établi que Napoléon appartenait à l'haplogroupe E. Ceci a été réalisé avec des mesures sur les SNP (Single-Nucleotide Polymorphism), ces mutations extrêmement lentes dans les séquences ADN du chromosome Y. Ceci est intéressant car cela montre que, contrairement à Laetizia Bonaparte qui appartenait à l'haplogroupe le plus fréquent en Europe (l'haplogroupe H du mtDNA), le père de Napoléon, et donc Napoléon ainsi que ses frères et tous leurs descendants mâles, appartiennent eux à un haplogroupe qui n'est pas du type européen le plus courant: les Européens appartiennent plutôt à un haplogroupe R de leur Y-DNA (et plus spécifiquement l'haplotype R1b) alors que celui de Napoléon est l'haplogroupe E. Il y a environ une vingtaine d'haplogroupes Y-DNA connus aujourd'hui, chacun répertorié par une lettre de l'alphabet. Les haplogroupes A, B, C, D et E n'ont presque pas subi de mutations depuis l'Adam génétique et se retrouvent grosso modo dans les populations d'origine africaine essentiellement, voire une population très dispersée dans le monde pour ce qui concerne l'haplogroupe C. Ensuite vient l'haplogroupe F. Environ 90% de la population non-africaine du monde a pour origine cet haplogroupe. Mais celui-ci a subi de nombreuses mutations depuis l'ancêtre originel de type F, ce qui fait qu'il y a environ 15 haplogroupes issus de F. La plupart de la population européenne est de l'haplogroupe R, qui est un résultat de trois mutations consécutives à partir du groupe F, à savoir F>K, puis K>P, et enfin P>R.

Pour aller au-delà du seul haplogroupe, et donc pour découvrir le groupe "ancestral" (c'est-à-dire à une "distance" génétique assez proche), il faut mesurer les STR (Short Tandem Repeat) du chromosome Y. A l'inverse des mutations SNP qui sont lentes et permettent de classifier les grands groupes génétiques de la population mondiale depuis des dizaines de milliers d'années, les mutations STR, elles, sont plus rapides et permettent de faire la trace à l'échelle ancestrale, donc pour cibler 2000 ans tout au plus. Ces mutations consistent en des duplications de certaines séquences de l'ADN que l'on appellent les marqueurs. Le nombre de duplications d'un marqueur génétique sont appelés les allèles. Les mesures STR permettent ainsi de découvrir l'haplotype de Napoléon, et donner une carte génétique plus complète pour identifier ses origines familiales: l'étude de Lucotte a ainsi déterminé que l'haplotype Y-DNA de Napoléon était du type E1b1b1c*. Par la suite, en janvier 2012, un journal de la presse française, Le Figaro, s'est empressé de titrer que "Les ancêtres de Napoléon seraient du Caucase"...! Ce fut fait sans doute un peu trop vite car il n'y a pas forcément grand chose de caucasien (donc européen) dans l'haplogroupe E et l'haplotype particulier de Napoléon. Si le but avait été de dire que Napoléon était du type "blanc caucasien", c'est une erreur car les "blancs caucasiens" sont typiquement des haplogroupes R et I (les deux haplogroupes Y-DNA les plus dominants en Europe). Si le but avait été d'exprimer que la famille de Napoléon était issue de la région du Caucase, ce serait possible mais assez rare car l'haplogroupe E se trouve surtout répandu en Afrique, dont l'Afrique du Nord, et on estime qu'il provient de la région du Levant (Liban, Israël, Palestine). L'ancêtre paternel lointain de Napoléon aurait ainsi plus de chance d'être issu de cette région du Proche-Orient que du Caucase.

Cet article tente d'expliquer ces résultats ADN de Napoléon, d'une façon "généraliste", et permettre à ceux qui le souhaiteraient de comparer leurs propres tests ADN à ceux de Napoléon !!!


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