L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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LES PREUVES AVANCÉES PAR LE BARON DE VEAUCE (suite)

Après les preuves "historiques", le baron de Veauce s'attacha à analyser les points techniques relatifs à la fabrication du masque mortuaire. Nous recommendons la lecture d'ouvrages d'époque sur les méthodes de prise de plâtre pour mieux comprendre les détails soulevés par le baron de Veauce, et leur contradiction.
Le masque Burghersh de face
Le masque Burghersh de face

Preuve 5: Les raccords du masque Burghersh prouvent qu'il est l'oeuvre originale d'un artiste
Le masque Burghersh est fait de raccords visibles, et donc, selon le baron de Veauce, il ne peut s'agir que de l'archétype car seul ce masque comporte les traces du "travail" d'un artiste-sculpteur. Selon lui, ces raccords prouvent son antériorité par rapport à tous les autres masques, et confirment la théorie selon laquelle le masque mortuaire a bien été l'objet d'un assemblage par un artiste (supposé être Canova) de plusieurs morceaux, l'un facial et authentique (celui de Burton) et les autres fabriqués par Antommarchi (apocryphes, et donc non conformes aux attentes de le Phrénologie notamment).
Sans être expert en la matière, les raccords en question ressemblent plutôt à des félures accidentelles plutôt qu'à des lignes bien agencées en vue du plan qu'aurait eu un artiste. Celles-ci passent d'ailleurs par des endroits du visage tout à fait illogiques: par exemple, le nez se trouve félé par plusieurs lignes ! Elles ne correspondent pas même aux limites supposées du masque initial de Burton qui, selon les sources, s'étendait en un seul morceau (la partie dite faciale) depuis une partie du front, puis comprenait les sourcils, les yeux, le nez et la bouche, et finissait par au moins une partie du menton.
Le masque Burghersh ressemble plus à un objet ayant subi un accident, et dont un artiste aurait ensuite recollé les morceaux de plâtre, ou rebouché les fêlures ou fissures.

Le masque Burghersh, détail
Le masque Burghersh, détail

Preuve 6: Burton avait procédé par méthode de "creux perdu"
Le baron de Veauce se pencha aussi sur la façon de réaliser un masque en plâtre et avait conclu que Burton avait employé la méthode de "creux perdu". Pourquoi? La méthode suppose que l'on dispose d'un moulage négatif complet du sujet (ici, la tête de Napoléon) dans lequel on coule du plâtre afin d'obtenir un modèle positif (l'archétype) qu'il faut extraire en brisant le négatif en morceaux, comme une coque, d'où le nom de creux "perdu".
Mais on sait que Burton ne procéda pas ainsi... Le 7 mai au soir, il prit le moule facial puis les autres parties de la tête. Il ne les assembla pas, comme le supposa Veauce, en vue de former un grand moule creux négatif. Plutôt, il les laissa sécher de façon indépendante et, le lendemain, 8 mai, il voulut prendre un moule positif de chacun des moules négatifs séparément. Il pensait pouvoir réitérer cette opération pour créer plusieurs masques à partir des moules négatifs, seuls originaux, qu'il avait obtenus la veille sur la tête du défunt. Il s'attaqua d'abord au moule facial. Et cette opération se solda par un échec: le plâtre étant mauvais, il dut briser le moule négatif initial pour sauver le masque facial positif. Devant ce désastre, il s'agissait de ne plus prendre le risque de perdre les autres moules négatifs originaux. Il proposa donc à Antommarchi et à Mme Bertrand d'arrêter les tentatives jusqu'à son retour en Angleterre afin de bénéficier d'un plâtre de bonne qualité, ce qui fut accepté (voir ces détails dans la lettre de Burton à Mme Bertrand, du 22 mai 1821, dans L'autre Sainte-Hélène pp.357-358).
La méthode employée par Burton est plutôt du type moulage par "bon creux" car le grand principe de cette méthode est de préserver le moulage original au lieu de le détruire, et de tirer plusieurs moulages positifs à partir des mêmes moules négatifs. On voulait sans doute préserver au mieux l'empreinte de la tête de Napoléon, d'autant que, le plâtre étant de mauvaise qualité, toute copie supplémentaire pouvait perdre certains détails originaux de la physionomie impériale. De plus, on peut croire qu'il eut été sacrilège, en mai 1821, de détruire sciemment le seul moule réel de Napoléon, comme la méthode de "creux perdu" l'aurait nécessité. Conformément à l'approche suivie par Burton, la méthode dite "bon creux" nécessite la prise de moules de négatifs en plusieurs endroits du modèle, tout en prenant des repères précis pour délimiter le plâtre de chacun des moules négatifs. Il y aurait donc eu trois moules négatifs, au minimum, à savoir le premier facial, puis deux côtés symétriques du reste de la tête, l'un gauche et l'autre droit, incluant chacun l'oreille correspondante.

Preuve 7: Antommarchi avait réalisé le masque Burghersh à Longwood
Le baron de Veauce a supposé que, une fois le moule positif facial effectué par Burton le 7 et 8 mai 1821, Antommarchi avait tout le loisir de reprendre le travail, entre le 9 et 27 mai, pour créer un masque mortuaire complet. Selon son hypothèse, il a dû récupérer du gypse comme l'avait fait Burton, et a ensuite réalisé plusieurs masques mortuaires en ayant créé un en premier, à savoir l'archétype Burghersh. Le baron de Veauce fait ainsi un lien avec d'autres masques mortuaires réputés "héléniens" tout en s'appropriant le seul et unique archétype. Nous reviendrons, dans d'autres articles, sur ces masques héléniens dont les deux du pasteur Boys et celui du gouverneur Hudson Lowe. Puis, selon Veauce, ce fut cet archétype qui fut remis à Burghersh afin de le transmettre à Canova.
Cette hypothèse ne résiste cependant pas aux preuves historiques ni aux témoignages d'époque. Antommarchi n'aurait pas pu agir seul sans que personne ne soit au courant de ses travaux. Comment aurait-il pu se procurer du gypse sans l'aide des autorités? Il est vrai, comme le souligne Veauce, qu'il existait du gypse pas très loin de Longwood, à Prosperous Bay, mais ce fait n'était sans doute pas connu à l'époque car on avait indiqué un autre lieu, dans un îlot voisin de Sainte-Hélène, bien plus difficile d'accès. Burton avait dû demander le concours de la Marine et était allé récupérer des minéraux la nuit à la lueur des torches (ce fait est d'ailleurs vraisemblable car le 6 mai 1821 tombait après le début d'une nouvelle lunaison, donc presque la nuit noire).
Ensuite, pourquoi Antommarchi et le couple Bertrand auraient-ils laissé faire Antommarchi avec du plâtre artisanal fabriqué sur place, risquant ainsi la perte définitive du moule facial de Napoléon, répétant le premier désastre de Burton, alors qu'il aurait été plus sage d'attendre le retour en Europe? Et, si l'on avait l'intention de produire plusieurs masques entre le 9 et 27 mai, pourquoi ne pas en fournir une des copies à Burton et faire taire ainsi ses revendications? Voire, pourquoi ne pas avoir sollicité son aide pour ce travail, de façon à ce qu'il apportât aussi la partie crânienne manquante? Enfin, pourquoi en offrir au pasteur Boys, qui n'avait presqu'aucun rapport social avec les gens de Longwood, et même deux copies pour lui seul comme le supposa Veauce ?!?
D'après Veauce, tout ceci se serait déroulé sans que Burton n'en ait jamais eu connaissance !?! Sainte-Hélène est une "petite isle" où il est bien difficile de cacher quoi que ce soit dès lors que plusieurs personnes sont impliquées dans une quelconque affaire.
Il y a un autre argument à l'encontre de cette "preuve" du baron de Veauce. Jacques Jousset, conservateur au Musée de l'Armée à cette époque, avait expliqué que le masque Burghersh est fait d'un plâtre dur et fin, et donc ne peut correspondre à un plâtre fabriqué artisanalement à Longwood (cf. son article "Les masques de l'Empereur", paru en 1953 dans le Bulletin de la Société des Amis du Musée de l'Armée, No.56). Pour Jousset, le masque Burghersh est plutôt un de ceux faits en août 1821 à Londres par Antommarchi, lors de l'opération de duplication souhaitée par Bertrand. Bien entendu, pour la théorie du baron de Veauce, l'existence de masques héléniens est capitale car elle lui permet d'affirmer que son masque a lui aussi été fait à Sainte-Hélène, comme tous les autres réputés "héléniens", mais les aurait tous précédés, et est donc bien l'archétype ! Malheureusement, cette théorie n'est guère solide.

Preuve 8: Le masque Burghersh est l'archétype car il est d'un poids exceptionnel
Selon le baron de Veauce, le masque Burghersh pèse 4 kg 830 grammes, bien plus que les autres masques connus, ce qui montrerait qu'il s'agit bien de l'archétype, donc du modèle utilisé par un sculpteur (Canova), ces modèles étant généralement plus épais en plâtre et donc plus lourds que leurs copies.
Certes mais le poids n'est pas une preuve suffisante. Une autre explication de ce poids est que le masque Burghersh avait subi un accident et donc une rénovation. Ce faisant, l'artiste qui l'aurait rénové aurait certainement ajouté une plus grande couche de plâtre pour le renforcer et mieux faire tenir les morceaux entre eux.
Le masque Burghersh de profil
Le masque Burghersh de profil


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