L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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LE JOURNAL DE DENZIL IBBETSON
(suite)

Le passage qui suit confirme, une fois encore, que Gourgaud s'était vanté devant les Anglais de son fait d'armes à Brienne...



LE JOURNAL

2 septembre
J'ai dîné avec sir George Cockbun et l'Empereur, avec la même assistance que celle du 16 août.

5 septembre
Nous avons vu dans l'eau, à l'arrière du navire, un nombre immense de jeunes dauphins qui brillaient de façon extrêmement vive, et apparaissaient comme autant d'étoiles d'un beau bleu-vert.

8 septembre
Je me suis promené avec l'Amiral et lui ai demandé si Napoléon avait abordé le sujet de son départ de l'île d'Elbe. L'Amiral a dit que, lorsqu'il était arrivé en France, avec 600 hommes, les gens de Grenoble ont hésité à se joindre à lui et, qu'à ce moment, Napoléon a ouvert son grand manteau et leur a dit: "Tuez votre Empereur". Ceci a eu l'effet désiré et ils se sont aussitôt joint à lui [31].
Rencontre de Laffrey - 7 mars 1815
La fameuse rencontre de Laffrey, près de Grenoble

13 septembre
Sir George Bingham m'a informé que Napoléon avait fait observer à l'Amiral qu'il obtenait la meilleure information au sujet de notre gouvernement de la part des contrebandiers [32], et que l'un d'eux lui offrit de lui ramener Louis de France [33] pour 100.000 francs, ce à quoi Napoléon avait fait répondre qu'il n'en aurait aucun usage.

19 septembre
L'armurier du navire a reçu en dépôt les armes de Napoléon et de son entourage. Parmi elles, il y a une belle épée d'apparat appartenant à Napoléon [34], toute en or, d'un travail exquis; à son bout était inscrit "Napoléon, Empereur et Roi", et, près de la lame, "Veni, Vedi, Vici" avec N des deux côtés, ainsi que l'aigle et les abeilles. Le foureau était en écaille de tortue, avec des aigles et des abeilles en or incrustés par dessus. Généralement, il portait cette épée dans les grandes occasions. Il y avait aussi un sabre mameluck monté en or et avec ces mots inscrits sur la lame: "Sabre que portait l'Empereur à la bataille d'Aboukir".
Sabre de Napoléon à Aboukir
Sabre d'Aboukir

Il y en avait une de Gourgaud, avec foureau en acier, qu'il disait avoir fait faire lui-même du fait qu'il avait tué un Cosaque qui avait attaqué Napoléon: il avait fait inscrire ces mots sur la lame [35].

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NOTES
[31] Cet épisode a eu lieu non pas avec les gens de Grenoble mais avec le premier bataillon envoyé par le Roi pour se saisir de Napoléon. Le commandant de ce bataillon du 5è de ligne était le colonel Charles de La Bédoyère, âgé de 29 ans. Ce premier ralliement à Laffrey, le 7 mars 1815, gonfla les maigres troupes venues de l'île d'Elbe avec l'Empereur et fit effet de boule de neige avec les régiments suivants envoyés pour stopper le "vol de l'Aigle". Après les Cent Jours, La Bédoyère fut condamné par un tribunal militaire pour trahison, et exécuté le 19 août 1815. Il repose au Père-Lachaise.
Charles de la Bédoyère
La Bédoyère

[32] Le sud de la côte anglaise, et particulièrement du côté de Cornouailles, regorgeait de contrebandiers qui cachaient leurs marchandises dans les nombreuses grottes de cette côte sauvage. Leur existence a été immortalisée par le roman Jamaica Inn de Daphne du Maurier.
Contrebandiers anglais
Contrebandiers au sud de l'Angleterre

[33] Pendant l'Empire, Louis XVIII vivait en exil en Angleterre dans le château d'Hartwell, près d'Aylesbury au nord-ouest de Londres.
Hartwell House - demeure de Louis XVIII en Angleterre
Hartwell House

[34] Il s'agirait de l'épée dite d'Austerlitz, faite par Biennais, que Napoléon porta à cette célèbre bataille. Elle le suivit à Ste-Hélène, et fut laissée sous la garde du grand-maréchal Bertrand à sa mort. Celui-ci la remit au roi Louis-Philippe en juin 1840, avant de s'embarquer pour l'expédition des Cendres.
Epée d'Austerlitz
Epée d'Austerlitz

[35] Ce fait d'armes eut lieu lors de la bataille de Brienne, en 1814. Cepedant Napoléon contesta avoir réellement été en danger de mort, et n'était pas même au courant que Gourgaud avait réalisé cette épée. Il l'apprit en lisant la version de Gourgaud dans le livre du docteur Warden, reçu à Ste-Hélène en 1817, et réprimanda son officier pour sa fanfaronnade. Celui-ci se défendit en avoir parlé à quiconque d'autre que le jeune Las Cases. Mais les nombreux témoignages anglais à ce sujet prouvent le contraire, tels les récits de Warden, d'O'Meara, de Betsy Balcombe et maintenant d'Ibbetson.


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