L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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LE JOURNAL DU PASTEUR LATROBE
(suite du 30 octobre 1816)

Comme il déteste sir Hudson Lowe, ce dernier ne l'ennuie pas inutilement par sa présence, mais lui fait parvenir tous ses avis par le biais de sir Thomas Reade, dont les mœurs polies, la disposition à la bonne humeur, et la connaissance de la langue italienne, dont on dit que le général Bonaparte préfère au français dans la conversation, font de lui un messager agréable. Sir Thomas a donc eu plus d'occasions de se familiariser avec lui, dans les diverses affections de son esprit, que la plupart des Anglais avec qui il a conversé.

Une preuve de grande méchanceté est qu'il n'accorde aucun crédit aux Anglais pour toute grande action militaire. Il dit que, selon toutes les règles de la guerre, il aurait dû gagner la bataille de Waterloo, et que le duc de Wellington aurait dû, s'il avait été un bon général, battre en retraite, et non pas maintenir sa position où il l'a fait. Pourtant, à d'autres moments, se sentant particulièrement indigné contre les Prussiens, il ne leur donne bien sûr aucun crédit dans le résultat de cette action, et affirme que sa défaite a seulement été causée par la fermeté de l'infanterie anglaise qui a déconcerté tous ses plans [53].
L'infanterie britannique à Waterloo
L'infanterie britannique en action à Waterloo

Ce n'est pas mon intention d'ajouter aux innombrables rapports attribués à ce captif célébré, qui pense qu'il a assez d'amis et de défenseurs parmi la nation anglaise [54]. Ne l'ayant ni vu ni ne lui ayant parlé, je ne peux que répéter ce qui a été dit par d'autres. Quant à ces communications qui ont été faites lors de conversations amicales et informelles, je suis d'avis que, sans autorisation spéciale, la civilité habituelle exige qu'elles ne devraient pas être publiées, de peur que, par toute fausse déclaration involontaire, un malaise soit créé dans l'esprit des hommes, dont la bonté et la libéralité méritent d'être récompensées avec l'attention la plus scrupuleuse envers leurs sentiments [55].

Une fois, le général Bonaparte a fait remarquer à un gentilhomme, chez qui il semblait supporter son sort avec un calme considérable, que tant de choses extraordinaires lui était arrivées au cours de sa vie, et qui n'étaient arrivées à aucun autre homme, qu'il ne serait pas surpris si, au bout d'un certain temps, le gouvernement anglais finirait par le rappeler. [56]

  ++++ FIN DE L'EXTRAIT DU JOURNAL DE LATROBE ++++


Le 30 octobre, le capitaine Forbes signala à ses passagers leur départ de l'île pour le lendemain après-midi. Comme à l'accoutumée lors de tout départ d'un navire pour l'Angleterre, on s'empressa de tous côtés de rédiger rapports et lettres personnelles afin de les expédier.

Il convient de compléter ce récit avec le témoignage des Français à cette époque. Dans ses Cahiers, le grand-maréchal Bertrand nota:
30 octobre - Le Gouverneur vient à Longwood avec le fils ainé [57] de lord Somerset qui arrive du Cap et va en Angleterre pour son éducation. Il a quatorze ans et part le lendemain. La capitaine Stanfell, en visite chez Mme Bertrand, lui fait des offres obligeantes.

Le grand-maréchal Bertrand
Le grand-maréchal Bertrand

Dans son Journal, Gourgaud ne mentionne pas le passage de ses visiteurs à Longwood le 30 octobre, mais mentionne au lendemain:
Jeudi, 31. - J'écris deux lignes à ma mère par le brick qui transporte le fils de Lord Somerset.
Le général Gaspard Gourgaud
Le général Gourgaud

Quant à Las Cases, il mentionne les maux de Napoléon à ce moment-là dans son Mémorial de Sainte-Hélène mais ne dit rien sur ces visiteurs.

Albert Benhamou
Novembre 2010


Notes:

[53] L'analyse des causes de la défaite de Waterloo a été, à cette époque-là, un sujet fréquent de discussions entre Napoléon et ses généraux, dont Gourgaud qui rapporta ces conversations dans son Journal de Sainte-Hélène; Napoléon a eu beaucoup de mal à s'expliquer cette défaite.

[54] Napoléon pensait avoir des appuis auprès du parti libéral "Whig"; il lui fallut cependant déchanter car, lors d'un débat au Parlement contre la politique de Lord Bathurst, Lord Holland n'a pas tout à fait défendu la situation de Napoléon, ou n'a pas su répondre aux explications du ministre chargé de sa détention.

[55] Latrobe n'allait donc rien écrire de négatif sur ses hôtes, même s'il avait eu quelques remarques déplaisantes à faire à leur égard; comme la plupart des visiteurs de passage, Latrobe a été influencé par la seule opinion des geôliers, et n'a pas eu d'opportunité de rencontrer les Français, ce qui a conforté son parti pris.

[56] Napoléon caressait l'espoir que les puissances alliées réaliseraient un jour que lui seul pouvait endiguer le mécontentement des peuples contre leurs gouvernants et que, l'échec de la Restauration en France conduierait ces nations à le rappeler au pouvoir afin d'éviter toute nouvelle dérive révolutionnaire.

[57] Il ne s'agissait pas du fils aîné ! Hudson Lowe aura sans doute voulu enjoliver la position du fils de Somerset pour lui obtenir un entretien avec Napoléon.







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