L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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QUE SONT-ILS DEVENUS
ET OÙ REPOSENT-ILS ?

(suite et fin)



Enfin, pour compléter cette analyse, voyons le cas des principaux médecins qui se sont succédés à Longwood.


LES MÉDECINS DE LONGWOOD
Le premier médecin à se trouver auprès de l'Empereur à Longwood fut le docteur irlandais Barry O'Meara. Après son expulsion en juillet 1818, il rentra en Angleterre où, initialement, il comptait recevoir l'appui de ses amis à l'Amirauté contre les agissements du gouverneur Hudson Lowe à son égard. Malheureusement pour lui, le chef de l'Amirauté, Lord Melville, s'était déjà heurté au premier ministre Lord Liverpool dans l'affaire de la correspondance illicite qu'il avait laissé poursuivre entre O'Meara et John Finlaison, un clerc à l'Amirauté. Le ministre Bathurst avait eu gain de cause contre Melville dans cette dispute. Aussi l'Amirauté dut "lâcher" O'Meara et le radia de ses services sous le motif que celui-ci accusait le gouverneur de Sainte-Hélène de vouloir se débarrasser de son prisonnier... Le docteur irlandais décida de se venger, et prit pour cible sa bête noire, Hudson Lowe. En l'attaquant, il attaquait évidemment, par voie détournée, la politique du gouvernement conservateur envers l'illustre captif. C'est à partir de ce moment-là qu'O'Meara devint résolument "bonapartiste" et défendit Napoléon à coup d'articles de presse et d'ouvrages successifs. La publication en 1822 de son ouvrage principal, A Voice from St. Helena, qui fit sa renommée et sa fortune, déclencha une action en justice de la part de Hudson Lowe contre son auteur pour propos diffamatoires. Lowe ne put cependant la mener à terme son action. Quelques années plus tard, O'Meara s'impliqua  dans la défense de la cause irlandaise contre la politique du cabinet de Londres. C'est lors d'un meeting en 1836 qu'il aurait apparemment attrapé un froid, qui aurait mal tourné avec un érisypèle qui l'emporta le 3 juin 1836 à l'âge de 54 ans. Il existe cependant une confusion quant à la date exacte de son décès, car on mentionne aussi le 10 juin (cf. Who's Who de Chaplin), voire le 18 juin, date d'anniversaire de Waterloo (cf. Dictionnaire historique de Sainte-Hélène de Jacques Macé). Ayant été catholique, O'Meara a été inhumé à l'église St Mary à Paddington Green, Londres.

O'Meara - St Mary's Paddington Green
St Mary's Church, Paddington Green


Pour remplacer O'Meara auprès du captif de Longwood, Hudson Lowe envoya le docteur James Roch Verling, lui aussi irlandais. Il pensait bien faire car Verling était connu des Français compte tenu qu'il était arrivé dans l'île avec eux à bord du Northemburland en 1815. Mais, pour des raisons expliquées dans l'ouvrage L'autre Sainte-Hélène, Bertrand et Napoléon ne purent lui accorder leur confiance pour un rôle de "médecin de l'Empereur". Dommage car Verling était bon médecin, d'après les témoignages de ceux, à Longwood, qu'ils soigna durant sa mission sur place. À l'arrivée d'Antommarchi, en septembre 1819, Verling put être retirer de son poste mais continua longtemps à être réclamé par les Français, dont Mme Bertrand, qu'il soignait. Verling quitta Sainte-Hélène avec un souvenir amer, surtout causé par les pressions exercées par le gouverneur Hudson Lowe qui nuisaient au rôle indépendant que les médecins assignés à Longwood aurait dû bénéficier. Une fois rentré en Angleterre, Verling poursuivit une longue carrière dans les services médicaux de l'armées et prit sa retraite à Cobh, dans sa terre natale en Irlande, où il mourut le 1er janvier 1858. Il est enterré dans le vieux cimetière de l'église du village et sa tombe, entourée de grilles de fer, comme fut celle de l'Empereur à Sainte-Hélène, mentionne, à tort, qu'il a été le "médecin officiel de Napoléon à Ste-Hélène entre 1818 et 1819".

Tombe de James Roch Verling à Cobh, Irlande
Tombe de Verling

Tombe de Verling - épitaphe
Inscription tombale


En janvier 1819, le docteur de la marine, John Stokoe, fut appelé en urgence au chevet de Napoléon, malade. Ses ennuis, qui suivirent son entrée dans la scène de Longwood, sont expliqués en détail dans l'ouvrage L'autre Sainte-Hélène. Condamné par un tribunal militaire et radié des services de la Navy, il rentra en Angleterre en fin 1819 avec une demi-solde. Heureusement, la famille Bonaparte montra quelque générosité envers celui qui avait essayé de soigner leur illustre frère et avait essuyé tant de déboires de ce fait. Après le retour des Cendres de Napoléon en France, il pensa que le moment de sa réhabilitation était venu. Mais sa démarche fut rejetée, alors même que l'Amirauté savait bien que le pauvre docteur avait été sacrifié sur l'autel de la bonne entente inter-ministérielle, entre Bathurst et Melville ! Stokoe mourut en Angleterre le 13 septembre 1852, plutôt aisé, et fut inhumé dans le cimetière de la paroisse de son village, à Kirk Merrington.

Stokoe - Paroisse de Kirk Merrington
Paroisse de Kirk Merrington


En septembre 1819, le docteur François Antommarchi arriva à Longwood, envoyé de Rome par le cardinal Fesch, oncle de l'Empereur. Le docteur ne fut pas à la hauteur des attentes de Napoléon et de son entourage: ils s'attendaient à voir venir un médecin de la maison impériale, comme Foureau de Beauregard, et ils ont vu arriver un inconnu en septembre 1819 qui, de plus, parlait mal français à ce moment-là. Après son retour en Europe, en 1821, Antommarchi eut plusieurs déboires qui sont détaillés dans le livre L'autre Sainte-Hélène. Dépité, il finit par quitter le Vieux Continent, pensant sans doute pouvoir se refaire une autre vie dans le Nouveau Monde, comme beaucoup de nostalgiques de l'Empire d'ailleurs qui, hommes ayant grandi "libres", refusèrent de se retrouver comme "sujets" de Sa Majesté Très Chrétienne. Débarqué à la Nouvelle-Orléans en 1834, le "dernier médecin de l'Empereur Napoléon" fut accueilli comme héros. Il tenta ensuite de s'installer au Mexique, puis se rendit à Santiago de Cuba pour ouvrir un cabinet médical. C'est là qu'il fut frappé de fièvre jaune, et mourut le 3 avril 1838, à l'âge de 57 ans. Sa tombe y est toujours. Elle est située dans le cimetière Sainte-Iphigénie, à droite de l'entrée principale, dans le caveau familial de la Marquise de Las Delicias.

Tombe d'Antommarchi
Tombe d'Antommarchi
 

En fin mars 1821, alors que la maladie de l'Empereur était déjà avancée, on fit appel au docteur écossais Archibald Arnott, médecin-chef du 20è régiment campé à Deadwood. A l'inverse du jeune Antommarchi, Arnott avait déjà une bonne expérience de la médecine, qu'il avait pratiquée de longues années au sein de l'armée. Son jugement fut cependant biaisé, sans doute par la crainte de déplaire au Gouverneur. Sciemment ou non, il se trompa ridiculeusement dans son diagnostic et dut publier un petit ouvrage en 1822 pour faire croire au public qu'il avait tout compris de la maladie de son illustre patient, d'autant que ce dernier lui exprima une générosité posthume. Rentré en Angleterre, il se refusa de discuter du cas Napoléon, et vécut un certain temps dans sa maison Kirkconnel Hall à Ecclefechan, son pays natal en Écosse. C'est là qu'il mourut le 6 juillet 1855, à l'âge avancé de 83 ans. Sur sa tombe, on peut notamment lire l'épitaphe: 
At St. Helena he was the medical attendant
of Napoleon Bonaparte whose esteem he won
and whose last moments he soothed.
Maison d'Arnott - Kirkconnel Hall à Ecclefechan
Kirkconnel Hall


D'autres médecins ont été attachés à l'histoire de la captivité de Napoléon à Sainte-Hélène, notamment les docteurs Warden, l'auteur des Lettres de Sainte-Hélène, Livingston, l'accoucheur des cinq enfants de la captivité, Rutledge, le témoin de la mise en bière, Henry, rédacteur du rapport officiel d'autopsie, Burton, le véritable auteur du masque mortuaire de Napoléon (cf. article ici à ce sujet), Baxter, auteur des "faux bulletins" médicaux de Napoléon, Shortt, médecin-chef en 1821 qui se heurta au gouverneur Hudson Lowe pour la rédaction du rapport officiel d'autopsie de Napoléon. Leur histoire durant la captivité est racontée dans l'ouvrage L'autre Sainte-Hélène. Peut-être complèterons-nous un jour le travail ici déjà entrepris pour ce qui les concerne.

Albert Benhamou
Juin 2010





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